mardi 23 septembre 2008
Le gros oeuvre commence...
Par Alex Devry, mardi 23 septembre 2008 à 19:57 :: Orthodontie
...on y est enfin, tant d'années d'interrogations et de doutes vont progressivement se transformer en délivrance et certitude. Aujourd'hui l'orthodontiste va poser l'appareil sur ma mâchoire supérieure, comme un peintre croquerait rapidement l'esquisse de son tableau au crayon de papier. Enfin, je parle d'un peintre, mais je devrais plutôt dire un peintre en bâtiment, vu le ravalement que ça va être. Des explications détaillées juste après un court intermédiaire.
En effet, souvenez-vous des caoutchoucs bleus. On m'avait mis en garde qu'une douleur pouvait apparaitre, en fait c'était plus un inconfort qu'une douleur. Premier inconfort d'abord, lors de la mastication, on a l'impression que les molaires sont plus sensibles et du coup on essaye de mâcher du côté où ça fait moins mal. Deuxième inconfort, le sentiment d'avoir un morceau de saucisson collé entre les dents, et pour la peine on est face à un vrai dilemme: laisser sa langue chasser ce corps étranger ou se raisonner et ranger sa langue dans sa poche (ou plutôt au palais comme dirait l'orthophoniste).
Bon de toute manière il ne sera plus question de caoutchoucs bleus dans quelques minutes puisqu'ils seront extraits. Je suis donc à l'heure au rendez-vous, et à peine ai-je le temps de patienter en salle d'attente que l'on m'invite à rejoindre le cabinet. C'est pas le meilleur jour pour procéder à la pose de l'appareil, ayant un aphte sur la lèvre supérieure et un début de rhume. Mais bon, à la guerre comme à la guerre. L'assistante et l'orthodontiste pénètrent dans le cabinet, me demandent si tout va bien. Puis on me cloue au fond du fauteuil et l'orthodontiste, transformé en architecte pour la peine, regarde les poutres qui vont soutenir l'appareil. Dépose des caoutchoucs, ouf, on se sent déjà un peu mieux, la sensation d'inconfort disparait instantanément, mais ce moment ne sera que de courte durée; le temps de constater des écartements suffisants, ou pas. C'est à peu près le cas, on passe à l'étape suivante, l'essai des bagues qui vont encercler les molaires et servir de point d'attache de l'appareil. Alors pas besoin de faire un schéma pour expliquer la pose, on met la bague autour de la dent, puis à l'aide d'une marteau spécial, la bague est enfoncée jusqu'à la base de la molaire; c'est indolore, par contre on entend des petits craquements comme si la dent se fissurait, mais ce n'est sans doute qu'un léger bruit qui s'amplifie dans la boîte crânienne. Du côté gauche, ma bague est à la bonne taille du premier coup, pour le côté droit, il faudra procéder à 2 essais avant d'en conclure qu'il faut une bague de diamètre différent, ça commence bien j'ai pas les dents symétriques, une vrai tronche de Picasso.
Une fois la bague passée au d... enfin à la molaire, l'union de 24 mois n'est pas pour autant scellée. Les bagues sont retirées et le gros oeuvre peut commencer. Nettoyage de la surface des dents, pose d'une pâte rugueuse, rinçage, puis de nouveau sablage (une sorte de jet d'eau avec des granules). Quand je vous disais que ça ressemblait à un ravalement de façade, j'étais pas loin de la vérité, même si les échafaudages sont absentes de la bouche, on a tout de même le sentiment de passer devant un chantier du BTP. Heureusement ici les artisans ne boivent pas de Kro et prennent largement plus de précaution. Car l'étape suivante sera sans doute la plus éprouvante psychologiquement: la pose des pastilles sur les dents. Le docteur, avec une précision d'horloger suisse, place ces pastilles sur des points de colle, sur chaque dent entre les deux premières molaires. Puis l'assistante procède au séchage de la colle avec une sorte de pistolet laser que même George Lucas n'aurait jamais imaginé dans ses trilogies Star Wars. Une fois les pastilles collées sur les dents, une sensation bizarre m'envahit, la présence d'un corps étranger, occupant de la place, et frottant sans relâche sur la face interne de la lèvre supérieure. 2 minutes pour reprendre ses esprits, seul dans le cabinet, j'en profite pour toucher du bout des doigts ces morceaux de plastique avec lesquels il va falloir s'accommoder de longs mois. A peine le temps de faire connaissance que le docteur est de retour pour procéder à la pose du fil de fer, qui va relier les dents entre elles et, tout en exerçant une pression, permettre de les guider afin qu'elles reprennent une place correcte, et rectiligne. La pose n'est pas douloureuse, on sent un léger tiraillement mais vraiment rien de méchant, et surtout c'est rapide, en quelques secondes je suis finalement appareillé.
Maintenant que tout est posé, je tente timidement quelques mots, qui s'accrochent dans les interstices des pastilles et du fil de fer. La diction s'en trouve légèrement modifiée, du moins le temps qu'il faudra pour s'habituer à l'appareil. Le docteur me prévient que je pourrais avoir quelques douleurs, et il me prescrit une ordonnance avec une pommade contre les aphtes et des cachets. Puis, tel un acteur ayant fini sa performance, tire sa révérence. Son assistante me conseillera l'achat d'une brosse à dents électrique et me donnera quelques conseils sur le brossage des dents. Je passe voir la secrétaire pour confirmer le rendez-vous suivant et récupérer des bâtons de cire à coller sur les pastilles et permettant d'atténuer les contacts entre la muqueuse et l'appareil, espérant ne pas en avoir besoin.
Je quitte le cabinet, bien décidé à savoir à quoi va ressembler tout ce bordel, car à aucun moment durant la pose je n'ai été confronté à mon image dans un miroir. Le pas de la porte à peine franchi, je me précipite en direction de l'ascenseur, non pas pour redescendre au rez-de-chaussée, mais pour voir le résultat de l'intervention; le verdict est encourageant, l'appareil est somme toute discret, par contre le fil est un peu plus voyant, d'une part parce qu'il est couleur cuivre, d'autre part parce qu'il zigzague dans tous les sens, comme le circuit des montagnes russes. Mais pas de quoi me donner le vertige, ça illustre tout de même la nécessité qu'il y avait à me faire traiter, et ne reflète que l'état de mes dents.
Du coup, un peu de shopping pour se redonner le moral, et jauger les réactions des gens. Pharmacie d'abord: la praticienne, d'après l'ordonnance doit deviner que je reviens de chez l'ortho. Pas le sentiment qu'elle remarque quoi que ce soit. Puis magasins de prêt à porter... pareil, je pose des questions aux vendeuses, un client me demande conseil sur la taille d'un pyjama, tous mes fixent droit dans les yeux. Mon regard pénétrant j'imagine ? Je plaisante avec une vendeuse, me surprend à sourire, et toujours aucun regard blessant. Reste plus que le regard méfiant du banquier à affronter. Direction la caisse d'épargne. J'explique la raison de ma venue à l'hôtesse d'accueil, tout se passe bien.
Bilan de la journée: pas vraiment de douleur, un appareil assez discret, l'entretien semble quand même un peu chiant, mais je vais m'y tenir. Le plus important, finalement un regard neutre des interlocuteurs et aucun sentiment de gêne. Voilà, j'entame donc mon traitement dans les meilleures conditions.
Prochaine étape: resserrage du fil, si malheur n'arrive pas d'ici là.

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